Han XIAO

« Marqueurs discursifs du chinois : étude sémantique et pragmatique »

Han Xiao (M2 SDL Université Bordeaux Montaigne)

 

Nous nous proposons une étude sémantico-pragmatique sur trois marqueurs discursifs du chinois, à savoir wan le, hao le et hao. L’objectif est d’établir, pour chaque marqueur, une classification descriptive de ses différents emplois en usage oral et de définir leur fonction dans l’enchaînement et la cohérence du discours ainsi que dans l’interaction conversationnelle.

L’analyse individuelle de chaque marqueur est basée sur une centaine d’occurrences tirées de façon arbitraire du corpus BJKY. Celui-ci a été construit par le laboratoire linguistique de l’université de Pékin dans les années 1990 et contient des discours de 370 pékinois.

Hao est un adjectif qui correspond à bon, bien en français. Il peut également etre utilisé comme adverbe, son équivalent en français est très. Hao le, wan le sont deux résultatifs, composants de la construction verbale : [Sujet + Verbe-résulatif + (objet)]. Récurrents à l’oral, les trois marqueurs manifestent une grande diversité d’emplois et de fonctions, comme marqueurs d’« approbation », de «concession», d’ « hésitation », de « fin d’étape », de « bornage », etc.

Notre hypothèse de base est que ces marqueurs discursifs ne portent pas uniquement sur le contenu des propositions précédente et suivante, mais fonctionnent au niveau discursif, ou d’énonciation. La diversité d’emplois de ces unités n’est qu’apparente et n’est que le résultat de la diversité de conditions d’emplois, alors que la valeur sémantique reste identique et que c’est au tour d’elle que s’articulent tous les emplois diversifiés.

Dans notre travail, nous empruntons la conception d’instruction de Ducrot, selon laquelle les connecteurs établissent un lien entre les entités sémantiques non attestés dans le discours mais pas entre les segments matériels du discours ; la valeur sémantique de ces unités consiste en un ensemble d’instructions donnant des informations sur la manière d’interpréter les enchaînements discursifs, et servant à mettre en rapport des actes de langage. Selon Ducrot, la valeur sémantique d’un connecteur ne doit pas être considéré par le contenu de ce qui l’entoure mais par la nature des enchaînements qu’il introduit. Pour déterminer quelles unités sémantiques sont en question et quels enchaînements sont introduits, il faut prendre en considération « non seulement le contexte explicite, mais les intentions des locuteurs, leur jugements implicites sur la situation » et d’autres facteurs extralinguistiques. (Ducrot, 1980)

C’est dans cet esprit que nous avons entrepris notre recherche. Nous examinons d’abord, une par une, les différentes occurrences de chaque marqueur dans notre corpus. Ensuite, nous tentons de faire une classification des emplois de chaque terme et d’en faire une description instructionnelle, en prêtant une attention particulière à leurs contributions à la cohérence discursive.

Bien que les marqueurs discursifs hao le, wan le et hao aient déjà quitté la zone lexicale et grammaticale pour entrer dans le domaine purement pragmatique, il semble que certaines de leurs propriétés demeurent toujours. C’est précisément autour de ces propriétés-là que s’articulent leurs différents emplois et que nous entreprenons notre analyse instructionnelle, qui selon moi serait plus pertinente pour une description sémantique de ce genre de mots.

Bibliographie

Ducrot O. et al. (1980), Les mots du discours, Paris: Minuit

Moeschler J. & Reboul A. (1994), Dictionnaire encyclopédique de pragmatique, Paris : Edition du Seuil

Accès au corpus BJKY : http://app.blcu.edu.cn/yys/6_beijing/6_beijing_chaxun.asp